Maîtriser la technique pour éviter l’esclavage

« Digitalisation, intelligence artificielle », ces mots étranges évoquent un monde où le pouvoir pourrait être concentré entre les mains de quelques-uns, les autres étant ignorants ou trop pauvres ou encore trop gavés de plaisir.

L’esclavage par le gavage de plaisir

L’addiction culturellement et humainement catastrophique engendrée par les smartphones et autres moyens techniques est évidemment le truc le plus efficace pour assurer l’extension de l’empire financier et mondial de quelques génies. Leur premier trait de génie, d’ailleurs, est de se rendre indispensables au « plaisir » d’innombrables personnes pour faire oublier que l’homme n’est pas au service de la technique. Il doit en rester exclusivement le maître s’il ne veut pas tomber dans l’esclavage. Le lancement de « petits jeux » ou l’appât de la gratuité – momentanée ! – pour inciter à l’acquisition ou à l’utilisation de moyens techniques par le plus grand nombre de gogos possible est analogue à un commerce de drogue. Et pendant que des milliers d’esclaves potentiels tombent dans le piège de la modernité-plaisir, les big data tissent une toile d’araignée dont il n’est pas du tout garanti qu’elle ne soit utilisée que pour le bien de l’humanité !

Développer l’esprit critique et la volonté de maîtrise

Quelle invention humaine est dépourvue de risque d’effets négatifs ? Aucune. C’est lié à la nature humaine elle-même, puisque celle-ci n’est pas que bonne et n’est pas non plus infaillible. Plus que jamais l’école, la culture générale, la formation professionnelle ou universitaire doivent faire acquérir le sens de la relativité des choses. Le but n’est pas de refuser toute nouveauté, toute recherche, tout changement, mais simplement d’enseigner une distance par rapport à ce que l’on nomme très vite « progrès ». Il s’agit aussi de procurer les clés permettant de comprendre les mécanismes techniques. Ces clés n’impliquent pas forcément la compétence pratique, mais la capacité d’appréhender les conséquences, donc de chercher à les éviter ou à les maîtriser.

La vraie liberté ne consiste pas à refuser a priori le changement mais à être capable d’en évaluer les avantages et les inconvénients afin d’en rester maître.

Article publié le  sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Loading Facebook Comments ...

Laisser un commentaire