Une société infantilisée?

Le Temps du 20 février relevait fort justement que « la gratuité numérique rend bête ». Cela pourrait éventuellement expliquer la diminution annoncée du QI – pour l’instant, il semble seulement avoir cessé de croître. Mais quel avenir préparons-nous si l’on ajoute à cette crétinisation numérique l’infantilisation liée à la déresponsabilisation programmée?

Certaines personnes se demandent comment organiser la responsabilité des robots. Mauvaise question. Le vrai problème, c’est la responsabilité du créateur du robot, de son réalisateur et de son utilisateur, comme pour toutes les machines. Ne soyons pas naïfs. Le seul être responsable de quoi que ce soit sur terre, c’est l’être humain. Ni la nature, ni les animaux, ni la technique ne sont responsables par eux-mêmes. Seul l’homme peut l’être parce qu’il est seul capable de discernement.

Or à quoi va lui servir le discernement quand il ne conduira plus lui-même ses véhicules, quand il fera dépendre ses diagnostiques médicaux des ordinateurs, quand on lui aura désappris à apprendre, c’est-à-dire à mémoriser, à écrire, à calculer, à réfléchir, à choisir parce des objets créés par quelques-uns de ses semblables le feront pour lui ? Plongé dans les jeux plus ou moins intelligents, plus ou moins violents, plus ou moins vulgaires, où les morts ressuscitent pour la partie suivante, où celui qui échoue n’a qu’à réessayer toujours et toujours, où le zapping évite la concentration et le choix, ravi par la contemplation narcissique de ses selfies, l’être humain retombe au stade de l’enfance ; tout doit y être jeu, utopie et sentiments violents. Le monde de l’enfance où l’enfant pris en faute dit presque toujours : « C’est pas moi, j’ai rien fait !… » a besoin d’éducateurs et d’autorités indiscutés. Il est incompatible avec la démocratie.

 

Article publié 22 février 2018 sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

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