Galanterie et politesse du cœur

Non, ce n’était pas « mieux avant », sauf pour la galanterie

Dans son excellent article intitulé << Non, ce n’était pas « mieux avant », sauf pour la galanterie >> (Le Temps du 4 février, p. 8), Mme Amanda Castillo relève à juste titre que si notre époque comporte de très nombreux avantages en matière de confort et d’hygiène par rapport au « bon vieux temps », en revanche, côté galanterie, la situation est nettement péjorée. Pour preuve de ce qu’elle avance, l’auteur donne quelques exemples de la vie quotidienne : « une femme enceinte jusqu’aux yeux est contrainte de rester debout dans les transports publics tandis que plusieurs jeunes hommes, enfoncés dans leurs sièges, feignent de ne pas remarquer son état ; une femme se débattant dans les escaliers avec la poussette, sous le regard indifférent du voisin ; une femme obligée d’apostropher un homme qui lui grille la priorité au comptoir d’un magasin ». Or ce qui me frappe, dans ces trois cas, c’est qu’il s’agit moins d’un manque de galanterie que d’une absence de politesse du cœur.

La galanterie est le résultat – fort agréable au demeurant – d’une éducation qu’un certain féminisme agressif s’est efforcé de ridiculiser et de décourager, voire de détruire, au nom d’une égalité mal comprise.

Politesse du cœur

Mais qu’est-ce qui détruit la politesse du cœur, celle qui rend attentif, femme ou homme, à la situation d’autrui, qui fait que l’on cède sa place dans un bus, que l’on donne un coup de main à une personne qui se débat avec un pousse-pousse, ou avec une charge trop lourde, qu’on ne bouscule pas l’autre pour passer avant lui ? Bref, il y a toute une série de petits actes qui n’ont rien à voir avec une galanterie – hélas ! démodée – mais qui sont simplement le reflet d’une attention à l’autre. Le fait même de se retourner avant de fermer ou de laisser se fermer une porte indique que l’on se soucie de la personne qui pourrait être ou est en train d’approcher (ceci dit, il arrive qu’on pèse sur le mauvais bouton et ferme au nez de l’autre la porte d’un ascenseur que l’on voulait garder ouverte !).

Cette politesse du cœur, peut-être est-ce à nous, les « anciens » d’en montrer l’exemple. Elle ne sera jamais démodée, elle n’est pas une question d’âge et peut se révéler contagieuse. Comment assurer cette contagion notamment sur les réseaux sociaux où la violence et la vulgarité verbales semblent avoir anesthésié la politesse du cœur ?

 

Article publié le 5 sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Voter, c’est oser choisir!

« Je veux les deux »

C’est en ces termes qu’une affiche placardée au bord de nos rues vante une assurance qui permet aux personnes intéressées de ne pas choisir !

« La grandeur de l’homme, c’est d’être capable de faire des choix »

Cette autre vision de l’homme, c’est celle de Thierry Magnin, prêtre et recteur de l’université catholique de Lyon, exprimée dans Le Temps du 31 mars, sous le titre (à l’origine) « Il faut réfléchir à un nouvel humanisme »

Voilà deux conceptions bien différentes de l’être humain. La première est infantile. La seconde mise sur l’éducation qui conduit peu à peu l’être humain hors de l’enfance et lui permet de parvenir au stade où il est capable de choisir, c’est-à-dire d’apprécier les conséquences de ses actes, de régler sa conduite en fonction de cette appréciation et d’en assumer les conséquences.

La politique nous ennuie

Le numéro des 28/29 mars de Lausanne Cités contenait un article intitulé « encourager les jeunes à voter… un vrai défi ! » qui se terminait ainsi : « Bref, en 2018, voter, c’est un truc de vieux », et Yves Petitgnat, dans le Temps du 31 mars, y allait d’un petit couplet sur « Les cantons nous ennuient », et se demandait « comment relancer l’intérêt pour la politique régionale et cantonale auprès des nouveaux électeurs ? »

A quoi peuvent bien servir l’école en général et l’instruction civique en particulier ?

Certes, les moyens techniques changent et l’adaptation à l’environnement numérique pose à l’école des problèmes pédagogiques considérables. Mais la meilleure manière de libérer les jeunes de l’esclavage de la publicité que la toile favorise en flattant les faibles, les narcissiques, les vaniteux et les envieux, c’est de fortifier leur capacité de choisir et leur envie de le faire. La formation civique devrait enseigner l’importance de cette aptitude, la chance que représente notre démocratie semi-directe pour la pratique de cette capacité. Que raconte-t-on aux adolescents pendant les cours d’instruction civique pour que voter leur paraisse un « truc de vieux » et pour que les cantons les ennuient ? Et qu’est-ce que c’est que ces petits minets que ça ennuie de voter par bulletin papier alors que les vieux – dont je suis – s’habituent à internet, aux SMS, aux smartphones, à un environnement où les gens se promènent avec des fils blancs qui leur sortent des oreilles ou avec des casques pour ne pas entendre les bruits de la vie autour d’eux? On se demande parfois qui sont les vrais croulants !

La démocratie est le type de régime politique qui exige des choix donc des citoyens adultes

C’est le fin moment de secouer un peu le cocotier car l’infantilisme des citoyens pourrait sonner le glas de la démocratie.

 

Article publié le  sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Une société infantilisée?

Le Temps du 20 février relevait fort justement que « la gratuité numérique rend bête ». Cela pourrait éventuellement expliquer la diminution annoncée du QI – pour l’instant, il semble seulement avoir cessé de croître. Mais quel avenir préparons-nous si l’on ajoute à cette crétinisation numérique l’infantilisation liée à la déresponsabilisation programmée?

Certaines personnes se demandent comment organiser la responsabilité des robots. Mauvaise question. Le vrai problème, c’est la responsabilité du créateur du robot, de son réalisateur et de son utilisateur, comme pour toutes les machines. Ne soyons pas naïfs. Le seul être responsable de quoi que ce soit sur terre, c’est l’être humain. Ni la nature, ni les animaux, ni la technique ne sont responsables par eux-mêmes. Seul l’homme peut l’être parce qu’il est seul capable de discernement.

Or à quoi va lui servir le discernement quand il ne conduira plus lui-même ses véhicules, quand il fera dépendre ses diagnostiques médicaux des ordinateurs, quand on lui aura désappris à apprendre, c’est-à-dire à mémoriser, à écrire, à calculer, à réfléchir, à choisir parce des objets créés par quelques-uns de ses semblables le feront pour lui ? Plongé dans les jeux plus ou moins intelligents, plus ou moins violents, plus ou moins vulgaires, où les morts ressuscitent pour la partie suivante, où celui qui échoue n’a qu’à réessayer toujours et toujours, où le zapping évite la concentration et le choix, ravi par la contemplation narcissique de ses selfies, l’être humain retombe au stade de l’enfance ; tout doit y être jeu, utopie et sentiments violents. Le monde de l’enfance où l’enfant pris en faute dit presque toujours : « C’est pas moi, j’ai rien fait !… » a besoin d’éducateurs et d’autorités indiscutés. Il est incompatible avec la démocratie.

 

Article publié 22 février 2018 sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Je crains les Chinois même quand ils portent des cadeaux…

La Chine est un partenaire commercial alléchant à qui les pays européens font la courbette pour s’assurer des conditions de marché favorables. En échange, mais évidemment sans que cela apparaisse comme une clause du contrat, les mêmes États (notamment la France et la Suisse) évitent de recevoir le Dalaïlama de manière trop officielle, car cela « indispose » l’excellent partenaire communiste. « Le Temps » de ce 19 juin (2017) rappelle la chose, précisant que la Russie fait de même, l’Afrique du Sud également et que même le pape François se laisserait impressionner. Il est évident que céder à ce chantage est totalement incompatible avec un minimum d’éthique. Certes, puisque le Dalaïlama a renoncé à ses fonctions politiques (c’est aussi « le Temps » qui le rappelle opportunément), il n’y a aucune raison de le recevoir avec la pompe réservée aux chefs d’État, mais il y a dès lors mille raisons de plus de l’accueillir dignement en sa qualité de chef religieux, au nom de la liberté religieuse et du dialogue interreligieux, ce que la Chine n’admet pas non plus.

Dès lors, que penser des promesses chinoises quand la Chine achète une entreprise suisse ?

Interrogé l’autre jour par la RTS sur l’application, par la Chine, dans une entreprise suisse rachetée, des règles de responsabilité sociale helvétiques, un responsable chinois a répondu que l’on se faisait une idée fausse de la Chine, que celle-ci avait maintenant de véritables entrepreneurs et qu’il fallait donc s’habituer à la culture chinoise.

J’ai senti un frisson courir le long de ma moelle épinière. La réponse était franche : nous appliquons nos méthodes où et quand nous voulons. Nous savons ce que nous faisons et vous n’avez qu’à assumer les conséquences de votre vénalité. C’est le plus fort qui dicte les règles.

Timeo Danaos !…… (1)

Article publié le 19 sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

(1) « Timeo Danaos et dona ferentes » est une phrase mise dans la bouche de Laocoon par Virgile dans l’Énéide (II, 49). Elle peut se traduire par « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des cadeaux  ». Elle fait référence au Cheval de Troie. Elle est devenue une locution usuelle

Maîtriser la technique pour éviter l’esclavage

« Digitalisation, intelligence artificielle », ces mots étranges évoquent un monde où le pouvoir pourrait être concentré entre les mains de quelques-uns, les autres étant ignorants ou trop pauvres ou encore trop gavés de plaisir.

L’esclavage par le gavage de plaisir

L’addiction culturellement et humainement catastrophique engendrée par les smartphones et autres moyens techniques est évidemment le truc le plus efficace pour assurer l’extension de l’empire financier et mondial de quelques génies. Leur premier trait de génie, d’ailleurs, est de se rendre indispensables au « plaisir » d’innombrables personnes pour faire oublier que l’homme n’est pas au service de la technique. Il doit en rester exclusivement le maître s’il ne veut pas tomber dans l’esclavage. Le lancement de « petits jeux » ou l’appât de la gratuité – momentanée ! – pour inciter à l’acquisition ou à l’utilisation de moyens techniques par le plus grand nombre de gogos possible est analogue à un commerce de drogue. Et pendant que des milliers d’esclaves potentiels tombent dans le piège de la modernité-plaisir, les big data tissent une toile d’araignée dont il n’est pas du tout garanti qu’elle ne soit utilisée que pour le bien de l’humanité !

Développer l’esprit critique et la volonté de maîtrise

Quelle invention humaine est dépourvue de risque d’effets négatifs ? Aucune. C’est lié à la nature humaine elle-même, puisque celle-ci n’est pas que bonne et n’est pas non plus infaillible. Plus que jamais l’école, la culture générale, la formation professionnelle ou universitaire doivent faire acquérir le sens de la relativité des choses. Le but n’est pas de refuser toute nouveauté, toute recherche, tout changement, mais simplement d’enseigner une distance par rapport à ce que l’on nomme très vite « progrès ». Il s’agit aussi de procurer les clés permettant de comprendre les mécanismes techniques. Ces clés n’impliquent pas forcément la compétence pratique, mais la capacité d’appréhender les conséquences, donc de chercher à les éviter ou à les maîtriser.

La vraie liberté ne consiste pas à refuser a priori le changement mais à être capable d’en évaluer les avantages et les inconvénients afin d’en rester maître.

Article publié le  sur le blog de Suzette Sandoz, professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Arrêtez donc d’être méprisant!

Me Russotto, Avocat à Bruxelles, développe dans Le Temps de ce 28 septembre (2017) sa conception de la politique européenne de la Suisse. On peut partager ou non son avis, il n’en demeure pas moins qu’il exprime une opinion parfaitement défendable. Alors pourquoi, mais au nom du ciel pourquoi se croit-il obligé de terminer son article par ces termes : « …ceux qui ne veulent ni écouter ni voir, usant d’un arsenal de slogans insipides » ?

Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’une certaine nomenklatura se rende compte que c’est à force d’exprimer toujours du mépris pour ceux qui ne vivent pas le marché européen comme eux qu’ils ont causé le vote du 9 février 2014 et qu’ils incitent au « populisme » ? Pourquoi ne voulez-vous pas entendre que, pour certains, la « libre circulation des personnes » n’est pas qu’un bien ? Que de fois ai-je reçu la plainte d’un Suisse parce que telle entreprise, une fois un Français engagé, n’engage plus que des Français, et il en va de même avec des Portugais ou des Italiens. Sans parler du chantage à l’employé étranger dans certains métiers. Certes, vous me direz que « ces plaintes insipides » ne sont que le reflet de l’incompétence de ceux qui se plaignent.

La même erreur avait été commise après 1992 où tous ceux qui avaient voté NON – soit la majorité des cantons et du peuple – n’étaient que des ploucs qui avançaient les yeux fixés sur leur rétroviseur !

L’Union européenne est partiellement une utopie – mais il n’y a pas d’avenir sans utopie. Elle est marquée au coin d’un sentiment presque religieux et qui ne l’adore pas est parjure ou crétin.

Comme toute institution humaine, elle a de gros défauts – notamment dans sa gestion financière, son incapacité de gérer la question des réfugiés et dans son absence de démocratie – mais elle représente aussi un espoir.

Alors respectons les avis divergents sur le sujet et essayons d’améliorer les choses plutôt que de cracher sur les « faibles ».

Article publié le 28 septembre 2017

Cannabis légal: le piège à mouches

Le grand art de tous les arts, en matière commerciale, c’est de créer le besoin puis la dépendance. Le cannabis dit « légal », donc avec moins de 1% de THC, est un cas d’école.

Le mot même de cannabis évoque l’interdit, le « voyage » donc le charme. La moitié du succès du cannabis dit légal est déjà assurée de ce seul fait. Le marché promet d’être juteux et l’État se frotte les mains.

Et rien de plus facile, quand on aura une bonne clientèle et que le produit sera considéré comme inoffensif que d’augmenter insensiblement le pourcentage de THC. Impossible à l’État de tout contrôler. Et puis, il faut faire confiance ! Et l’on attrapera progressivement par un taux doucement croissant de THC des milliers de consommateurs qui deviendront, sans s’en rendre compte, dépendants d’un produit frelaté. Interdire à ce stade-là le cannabis équivaudra alors à une véritable Prohibition au sens américain et historique du terme, donc sera voué à l’échec.

Remplacer une drogue par une autre

L’État veut diminuer la consommation du tabac – contre laquelle on constate un acharnement d’autant plus marqué que le marché du cannabis devient plus prometteur ; on dirait que la lutte contre les deux drogues évolue en sens exactement inverse.  Une baisse de consommation du tabac signifie une baisse du produit de l’impôt malgré une augmentation de prix. L’État cherche une autre source de manne ; il se réjouit donc du développement du cannabis dit « légal » qu’il souhaite fructueux sans se soucier le moins du monde des risques sociaux éventuels à long terme.

Le colle-mouche est déroulé sur le marché ! Qui prendra le pari du nombre futur de victimes prisonnières ?

Article publié le